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SILVIA'S ROOM
Les yeux ouverts February 2006
"Israel imprisons children : it is urgent to worry about it." 11th February 2005
"Abu Mazen only represents a small part of the Palestinian people." Interview with Khaled by Silvia Cattori. Translated from French by Robert Thompson, 5th February 2005
"Abou Mazen ne représente qu’une petite partie du peuple palestinien. Entretien avec Khaled par Silvia Cattori, 5 février 2005
"Palestine. L’ampleur de la tragédie exige un soutien sans faille." 30 janvier 2005
"Français ou citoyens de seconde classe ?" 25 janvier 2005
Les yeux ouverts
Silvia Cattori, Feb. 2006

Ce que vous pouvez lire ci-dessous sur « les taupes » est significatif. C’est un exemple qui nous amène à comprendre la gravité de la situation. Et si vous êtes Arabes - musulman doit vous alerter.

On vous soupçonne de tous les maux parce qu’Arabe ou musulman.

Le racisme réel que vous subissez ne pèse pas lourd au regard des médias qui vous accusent si facilement et abusivement d’antisémitisme.

Vous êtes infiltrés, vous êtes surveillés, vous êtes écoutés : pire vous êtes instrumentalisés par les partis et associations qui prétendent vous soutenir : les élections approchent et vous êtes une cible.

Vous devez savoir que dans ce contexte de soupçons, des mots et des gestes innocents, rapportés par un espion, peuvent être portés à charge.

Les services secrets se servent d'espions qu'ils recrutent parmi les arabes surtout, pour mieux vous confondre. C’est dans les associations où vous vous sentez en sécurité, que les infiltrateurs, qui sont des gens comme vous et moi, opèrent de préférence. Les mouvements de défense des victimes Palestiniennes l’ont suffisamment montré.

Je suis triste de constater, qu'y compris dans mon entourage, je sens le racisme anti-arabe monter. Pas seulement à droite. De tous côtés. Je côtoie des intellectuels progressistes, des militants de gauche, PS, PC, qui se sont laissé embarquer par ces manipulateurs d’opinion qui ont depuis des années la parole et qui ont eu tout loisir d’insinuer habilement que les arabes « sont des fanatiques », ne « sont pas comme nous ».

Je peux jusqu’à un certain point comprendre qu’ils se soient laissés abuser. Car ceux des journalistes qui ont les manettes en main, sont souvent pro-israéliens ; ils ont donc une manière de présenter les choses et les faits de façon tendancieuse pour discréditer les Arabes, les Palestiniens, l'Islam avec lesquels Israël est en guerre perpétuelle.

Moi-même, sous l'influence de cette désinformation constante, avant d'aller au Moyen-Orient, j'étais confuse au point que même le voile, que l’ont montrait chez nous depuis longtemps, via la télévision notamment, comme un signe de fanatisme, me paraissait agressif.

Nous sommes désinformés. Les médias nous mentent, nous manipulent. Une poignée de soi disant philosophes et humanitaires nous ont depuis 30 années tirés, à notre insu, dans le sens de cette vision anti-arabe que répand Israël, un Etat qui est dans l’illégalité et cherche, par la désinformation, à justifier ses agressions contre eux.

Je dois le dire. Jamais j’ai du modifier mes habitudes d'occidentale quand j’allais vivre dans les pays arabo-musulmans. Chez eux, je me suis toujours sentie infiniment mieux accueillie qu’en Israël. Il y a de la tolérance chez eux. Il n'y a pas de racisme chez eux, contrairement à ce que l'on nous fait croire en Occident. Les Palestiniens ne combattent pas les gens de confession « juive », ils combattent les soldats qui les expulsent et les massacrent depuis 1948 au nom de la religion juive et pour occuper leur terre.

Le racisme anti-arabe s’exprime ouvertement en Israël. On est largement antisémites en Israël. On se méfie des Arabes en Israël, on les considère moins que des animaux. A Hébron j’ai vu des inscriptions faites par de colons juifs sur les demeures volées aux Palestiniens disant : « Mort aux arabes.

Nous sommes racistes en Occident. Je le répète, nous sommes d'autant plus anti-arabes que depuis 60 ans nous sommes imbibés par la campagne de dénigrement à leur égard, entretenue par Israël et les organisations qui dehors soutiennent cet Etat qui a instauré nombre de lois racistes et d’exclusions qui pénalisent les Palestiniens, les Arabes.

Quand je vois jour après jour, des présentateurs télévisés, chez nous, continuer d'inviter des personnalités violemment anti-arabes et ouvertement en faveur des guerres qui les massacrent - comme Val de « Charlie Hebdo », Kouchener, Finkielkraut, Adler, Gluckmann - pour débattre des questions soulevées par les conflits au Moyen-Orient, je me sens offensée. Je ne veux pas participer de cette information et de ce monde sans compassion là.

Je me sens offensée et je me dis que les journalistes qui donnent la parole à ces personnages, qui durant trente ans nous ont effrontément menti, savent ce qu’ils font, ce qu’ils veulent obtenir : nous diviser pour continuer de justifier les crimes d’Israël et des Etats-Unis contre ces Arabes qu’ils ont déshumanisés pour que l’on ne verse pas de larmes sur leur sort quand ils font des carnages ou on les avili par les tortures.

Je me sens écrasée par tant de mensonges et d’arrogance et je me dis qu’il n’y a aucun équilibre dans cette manière d’informer ; que ces journalistes ne s'en cachent même plus, tant la haine anti-arabes et anti-Islam est devenue chose banale : cette haine transparait de leur commentaires ou des questions qu’ils posent et personne ne les conteste. Le lendemain ils recommenceront.

Ouvrez les yeux. Prenez les choses en main. Ne laissez plus les partis politiques parler en votre nom. Vous êtes très forts si vous prenez conscience de ce qui se trame autours de vous, dans nos sociétés abondamment soumises à l’idéologie « de l’Axe du mal », instaurée par Bush, promue par les Etats-Majeurs qui en Israël n’ont pas d’autres mots que dire que les résistants contre leur occupation et leurs exactions sont « des terroristes » ; idéologie qui fait tâche d’huile chez nous et si on se tait elle ne fera que coloniser nos esprits.

Posez-vous à chaque fois la question. Pourquoi tel journal télévisé invite Val ou Adler – pour parler des tensions qu’ils allument et non pas un universitaire neutre ? Pourquoi tel site ne diffuse pas tel texte, tel auteur ? Et vous comprendrez alors bien des choses. Et vous finirez par identifier où sont les honnêtes gens. Et vous pourrez mieux vous défendre face aux manipualations.

Je crois en un monde plus humain, où l’on peut s’aimer et se respecter par delà les différences.

Je ne me suis jamais sentie agressée en Palestine ou en Syrie ou en Egypte. Je me sens constamment agressée par le racisme anti-arabe que l’on cultive ici ou en Israël, et qui se répand grâce au parti pris de journalistes ou personnalités malhonnêtes que je vois et j’entends chaque jour, comme vous, passer sur les ondes ou les plateaux, tendus par une idéologie précise, une idéologie qui divise, qui découle de la propagande qui veut nous vendre les guerres des Etats-Unis et d'Israël contre des peuples qui ne peuvent se défendre à armes égales, massacrés ou poussés à la folie.



Israel imprisons children : it is urgent to worry about it.
Silvia Cattori – Translated from French by Robert Thompson.
11th February 2005

The world says nothing. There are hundreds of Palestinian children imprisoned in the gaols of the State of Israel (1). They are in extrajudicial detention. Considered as "administrative detainees" by Israel, they are crammed into cells infested by insects.

There are thousands of children on the "wanted" lists who will tomorrow suffer the same fate. To this day, no State in the world has had the courage to force Israel to stop this violation of these young lives.

Arresting a child, mutilating a child and killing children, are an integral part of the military strategy of Israel : it comes back to getting rid of resistants in the cradle.

Who are the statesmen who are moved by this ? These children, deprived of schooling, deprived of affection, deprived of freedom and subjected to traumatising torture, are the victims of a denial by public opinion. It is as if these Palestinian children had no right to a normal life and upbringing !

Kidnapped on their way to school, or in the middle of the night under the very eyes of their mothers, brothers or sisters, who are powerless to protect them, they find themselves, without knowing why, in total darkness. They are beyond the reach of help.

The instructors from the Shabak who interrogate them and subject them to the same tortures as the adults, have a terrifying power over them. After having humiliated them and broken them psychologically, they try to make them into collaborators, in exchange for tiny periods of respite. It happens that, under the threat of rape and blows, they can end up by accusing themselves of acts which they have not committed or denouncing their father or mother, signing statements drawn up in Hebrew, a language which they do not understand.

They come out, after one year, or even three years, shattered.

This is pure barbarism. We have to react to this violence done to children. These children will never come out unharmed. They will come out in a state of deep post-traumatic stress, closed in on themselves and with a need to play with death, which possibly explains the number of candidates for suicide ?

We must do all in our power - and our power is great if we know how to make good use of it - to haul these children away from the hands of the torturers before they have been completely broken.

(1) Arrested from the age of 12, some 300 chlidren are currently detained without any grounds, without any proceedings.



Palestine. L’ampleur de la tragédie exige un soutien sans faille.
Silvia Cattori
30 janvier 2005

Les mots servent à penser. Celui qui possède le pouvoir d’en polluer le sens, et de se glisser ainsi subrepticement dans la tête d’autrui, parvient à assurer son emprise sur l’opinion, et à imposer sa domination.

Il faut y prendre garde. Les mots dévoyés de leur sens deviennent des armes capables de nous détruire, capables aussi de nous empêcher de penser. C’est ce processus effrayant, et son usage abusif par les pouvoirs, que George Orwell avait décrit dans son roman prophétique « 1984 ».

C’est ce qui arrive avec le mot magique « antisémitisme ». Ce mot détourné de son vrai sens, ce mot tabou, ce mot épouvantail, vise le plus souvent à museler ceux qui mettent le doigt sur les véritables enjeux : le danger du sionisme.

Israël - un Etat raciste violent, exclusif, où tout non juif est considéré comme un paria - a élaboré des plans terrifiants, des plans conçus pour spolier, asservir et détruire l’identité d’un peuple entier. Or, les Palestiniens tiennent tête. La preuve qu’ils n’accepteront jamais de voir leurs terres bradées, leurs droits violés, leurs enfants humiliés et que, s’il le faut, ils se battront jusqu’au dernier pour leur dignité.

Ils n’en sont pas moins très inquiets. Car la politique engagée par le premier ministre Abou Mazen, si elle enchante Bush et Sharon, ne les enchante pas. Car elle risque de les amener vers quelque chose d’encore plus terrible que l’échec du processus Oslo.

Il faut le dire haut et fort. Des générations de Palestiniens, ont payé de leur sang les lâchetés de la communauté internationale, mais aussi nos incompréhensions, nos divisions. Constamment confrontés au déni de justice, mal compris par les médias et l’opinion, les Palestiniens ne pourront pas surmonter les immenses défis qui sont les leurs, sans un soutien extérieur sincère et affranchi de toute ambiguïté.

Les massacres, les assassinats et les emprisonnements d’enfants, les punitions collectives, auraient dû inciter l‘ensemble de l’opinion israélienne et internationale à plus de sévérité envers les violations de l’Etat hébreu. Maintenir une attitude de « neutralité » dans un conflit où Israël occupe une position de pouvoir absolu, est une attitude immorale.

Une question se pose ici : les Palestiniens seraient-ils tombés si bas s’il y avait eu des Etats capables d’imposer à Israël les sanctions urgentes et nécessaires, et des associations capables d’apporter un soutien sans faille aux résistants ?

Dans une guerre d’une puissance contre un peuple, il n’y a qu’une seule attitude possible pour toute personne humainement engagée : choisir le camp du peuple opprimé.

Or, à quoi avons-nous assisté durant ces années si traumatisantes où les Palestiniens étaient laissés livrés à eux-mêmes, dans une situation d’abandon et de blocage complet, et où l’unité de toutes les forces politiques et intellectuelles disponibles aurait dû s’imposer ? A des attaques et calomnies qui avaient pour but principal de semer la zizanie dans les rangs de ceux qui voulaient se consacrer en toute sincérité aux victimes.

Les choses sont allées trop loin. Des messages ont circulé, semaine après semaine, qui incitaient à ne pas lire tel auteur ou à ne pas fréquenter un tel, sous peine d’être soi-même condamné, exclu. Ainsi, pendant que certains responsables d’associations succombaient à la paranoïa de « l’antisémitisme », les forces d’occupation pouvaient, elles, continuer tranquillement leurs exactions. Paranoïa, entendons-nous, savamment entretenue.

Tout le monde sait qu’Israël a quadrillé le monde d’informateurs et d’agents pour espionner, établir des listes, rédiger des rapports sur ses « ennemis », et que l’infiltration et la diffamation font partie de sa stratégie guerrière. Mais quand ce sont des antisionistes qui désignent les personnes et les écrits à bannir, cela devient incompréhensible.

Cela se traduit concrètement par la fâcheuse tendance qu’ont certaines personnes, qui se croient apparemment investies d’une supériorité, à parler au nom des Palestiniens, à taxer sans se gêner d’autres personnes « d’antisémites notoires », de « néo-nazi notoires », et à disqualifier ce qui leur déplait par l’affirmation péremptoire : « cela ne sert pas la cause palestinienne !»

Les dirigeants de l’Union Juive Française pour la paix (UJFP) - proches de Gush Shalom - sont de ceux-là. Se disant antisionistes ou solidaires des palestiniens, ils animent néanmoins fréquemment des campagnes d'intimidation et appellent à « la plus grande vigilance » les associations : « On voit apparaître sur des sites, dans des textes de soutien à la Palestine ou lors de réunions publiques des propos dangereux. Il y a d’abord, même minoritaires, des antisémites, des révisionnistes ou des négationnistes notoires, démasqués depuis longtemps et dont on s’étonne qu’ils puissent infiltrer aussi facilement dans certains collectifs ou qu’ils figurent sur des listes de diffusion… ».(1)

C’est ainsi que, durant ces années si cruelles pour les Palestiniens, où les critiques contre la politique brutale d’Israël sont allées en s’amplifiant, nous avons vu le vice président de l’UJFP, Pierre Stambul, intervenir auprès des sites ou des personnes qui donnaient (et c’est leur droit) la parole à des personnalités, telles qu’Israël Shamir ou Dieudonné, en affirmant que c’étaient des antisémites : « Je suis assez ahuri de trouver cet "entretien" de Sylvia Cattori et de Dieudonné (…) Si ce genre d’article continue de passer sur « Marseille solidaire » je demanderai à être désinscrit». (2).

Le président de l’UJFP, Richard Wagman, n’est pas en reste. En effet, quand, à la veille d’une manifestations, il se pose en gendarme et avertit qu’ «un dispositif spécial est prévu pour séparer le cortège de tout élément douteux (…) dont les mots d'ordre risqueraient de discréditer le mouvement de solidarité".(3) A la question d’un militant outré :« Qui sont les commissaires politiques et autres grands inquisiteurs chargés de faire la liste des "éléments douteux" ? M. Wagman répond : « Moi (…) et ajoute « les "éléments douteux" qu'il faut tenir à l'écart et dont il faut se démarquer sont des partisans d'Israël Shamir qui ont fièrement brandi son ouvrage antisémite "Le visage caché d'Israël"… ». (4)

Pourquoi Israël Shamir est-il calomnié avec une telle persévérance ? Et, par assimilation, tous ceux qui le lisent ou l’évoquent ?

Parce que cet écrivain israélien de talent - connaisseur aussi bien du Talmud et de la Bible que des turpitudes de l’armée israélienne - a osé briser des tabous et enfoncer des portes que des non juifs ne se seraient jamais hasardés à toucher.

Vous l’avez compris ! Israël Shamir a une vision qui va à l’opposé de ces personnes qui dans la mouvance de la solidarité - en Israël et en France notamment - s’arrogent le monopole et le contrôle de ce qui doit et peut être dit.

Que dit Shamir qui embarrasse tellement ceux qui ont avalisé, de façon plus ou moins opportuniste, tant de prétendues solutions de paix ?

Que l’on ne peut séparer la politique criminelle d’Israël de la notion « de peuple élu ». Que les juifs doivent se dissocier de cet Etat qui, au nom du « peuple juif » et de la judaïté, bafoue la vie et les valeurs humaines. Qu’il ne pourra pas y avoir de paix juste sans le démantèlement de l’Etat d’Israël comme Etat juif, et son remplacement par un Etat unique où juifs et non juifs ont des droits égaux. Que les Palestiniens ne gagneront jamais leur guerre des pierres, si au-dehors, leurs amis, ne se distancient pas de ceux qui cherchent à ménager les intérêts sionistes.

Dans les partis politiques les choses ne se présentent guère mieux pour les victimes de l’oppression israélienne. Les élus qui vouent un soutien aveugle à l’Etat raciste d’Israël ne s’en cachent même pas. Ainsi Dominique Strauss-Kahn « considère que tout juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israel. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l'ensemble de mes actions, j'essaie d'apporter ma modeste pierre à la construction d'Israel" (5).

Les exemples d’exclusion sont foison et n’ont pas de frontières. Les gens qui ont vent de ces calomnies vont les répéter, les organisations juives et les ambassades d’Israël archivent leurs noms et les citent à la nausée. En Suisse, Patrick Mugny, député écologiste et membre de la LICRA suisse, (6) a suivi les conseils de la LICRA française en refusant une salle de spectacle à Dieudonné en février 2004 à Genève.

Ce sont encore des élus socialistes qui, en 2004, ont voulu écarter d’une liste électorale la candidate des Verts, Alima Boumédienne-Thiery, qu’ils soupçonnaient « d’antisémitisme » pour sa critique de l’Etat d’Israël. Elle a eu beau protester : « Je mets quiconque au défi de me prêter des déclarations antisémites », le mal était fait.

Les Palestiniens qui, en juin 2004, se sont rendus à la conférence de Lausanne « Un seul Etat démocratique en Israël Palestine », n’oublieront pas de sitôt l’hostilité avec laquelle une poignée de jeunes ont accueillis les participants. Se revendiquant du collectif Urgence Palestine, ils ont encouragé son boycott. Le communiqué de presse du Collectif disait qu’ils avaient été « informés notamment par des membres UJFP que Israël Shamir, notoirement réputé pour ses propos antisémites » - ainsi que d’autres personnes françaises, dont je vous épargne la liste - participait à cette conférence. (7)

Les participants Palestiniens, qui avaient mis beaucoup d’espoir en cette rencontre internationale, étaient ahuri de découvrir que des gens qui disaient agir au nom de leur cause, conduisaient des campagnes sur le thème de « l’antisémitisme », arme favorite utilisée par les sionistes contre les opposants à la politique d’Israël !

L’occasion était trop belle pour Johannes Gurfinkiel, Secrétaire général du CICAD (8) qui ne rate jamais une occasion de porter le débat sur les thèmes de « l’antisémitisme » et des calomnies. Fort de la polémique ouverte par le « Collectif Urgence palestine », M. Gurfinkiel pouvait renchérir, augmenter la pression sur les médias pour faire capoter la conférence.

Résultat : en instaurant un faux débat qui ne pouvait que ruiner la cause qu’ils prétendent servir, les responsables du Collectif Urgence palestine - à l’instigation de l’UJFP - ont agi, en vérité, contre les intérêts du peuple palestinien. Et les médias, peu regardants, ont donné un large écho à ce qui n’était qu’une manipulation.

Depuis lors, M. Gurfinkiel ne s’est pas privé de se servir des noms listés par l’UJFP. Ainsi, lors de la venue de Dieudonné en Suisse en décembre 2004, M. Gurfinkiel a ressorti les noms incriminés, pour les associer à l’humoriste et dire qu’ « engagé dans un combat de dénigrement de la mémoire des millions de victimes de la Shoah, Dieudonné multiplie les collaborations avec des acteurs et des idéologues négationnistes et antisémites, tels que (…) » en ajoutant, cette fois, également le nom de « Noam Chomsky », (9), pourtant considéré par le NY Time comme le plus important intellectuel vivant.

Tout cela ne tient pas la route mais permet d’évacuer les véritables enjeux.

Si je n’avais pas vu de mes yeux, en décembre 2003, Israël Shamir se battre contre de jeunes soldats israéliens qui brutalisaient de pauvres paysans, si je n’avais pas entendu un résistant, à Jenin, dire que les écrits de Shamir étaient parmi les meilleurs outils intellectuels dont ils disposaient pour « expliquer la barbarie dont ils sont victimes », j’en serais encore à croire ce que l’UJFP proclame. Voilà pourquoi il est important de se méfier des diabolisations et de chercher à savoir ce qu’elles cachent.

Que cela soit clair. Il ne s’agit pas de prendre le parti d’Israël Shamir ou de Dieudonné. Mais s’il y a des coupables, y a des tribunaux pour juger et des avocats pour défendre et il faut que toutes ces calomnies cessent.

Tout porte à penser que ceux qui se servent de mots tels « néo-nazi », « négationniste », « antisémitisme » ne sont pas « neutres » ! Ce qui est au centre des préoccupations de ceux qui s’en servent est, le plus souvent, le contrôle idéologique de la question palestinienne et le souci de faire oublier le projet de domination et de conquête coloniale d’Israël en détournant l’attention sur de faux problèmes.

Une question se pose ici. Ceux d’entre eux qui ont des attaches particulières avec Israël, ou qui se définissent par leur confession avant leur citoyenneté, sont-ils les mieux placés pour parler au nom des Palestiniens dans une guerre où l’Etat d’Israël se définit par la religion et mène une guerre impitoyable contre les mouvements religieux musulmans ? Leur propension n’est-elle pas parfois de se servir – consciemment ou inconsciemment - du projet de paix pour imposer leurs vues, et relativiser les effets terribles du régime colonial d’apartheid de l’Etat juif sur la vie des Arabes et des musulmans ?

On peut jusqu’à un certain point comprendre que des personnes - captives de leurs attaches à Israël - puissent se sentir parfois agressées par des projets qui bousculent les idées reçues et les privilèges sur lesquels Israël est assis. D’autant que, déchirées entre leur désir de justice et leurs attaches affectives et religieuses, elles ne sont pas aidées par les idéologues qui ont intérêt à brouiller les débats.

En effet, des messages électroniques particulièrement venimeux circulent abondamment qui instruisent des « procès » contre des personnes précises et ont manifestement pour but de convaincre les gens que « l’ennemi à combattre » n’est pas là où on le pense.

Il suffit de répéter à l’envi qu’Israël Shamir est d’extrême droite (alors qu’il est à la gauche de la gauche), que des « groupuscules néo-nazis (…) rassemblés autour d’Israël Shamir (…) un antisémite pathologique (…) Ce qui me fait penser que ces gens sont des agents du Mossad ou de la CIA, plus quelques néo nazis patents comme (…) Il n’y a pas qu’à propos de la palestine que cette peste nazie comme par hasard rassemblée autours des juifs russes …» (10)

« Peste, néo-nazi, antisémite pathologique … ». Ceux qui usent et abusent de ces mots tabous, de ces mots glaçants capables de marquer durablement les consciences, savent fort bien pourquoi ! Ils savent que la personne ainsi souillée, va être tantôt assimilée à ce moment terrifiant de l’histoire : aux crimes d’Hitler, aux chambres à gaz, aux camps de concentration, donc exclue à jamais du débat.

Tout cela est attristant. Car la calomnie n’apporte rien de positif. Elle contribue à désorienter et à détourner les gens sincères d’une cause juste qui a besoin d’appui.

N’y a-t-il pas une autre manière d’être présents dans le débat et de lutter pour la justice si l’on ne veut pas créer de nouvelles injustices ? La lutte pour la justice ne devrait pas séparer les gens. Elle devrait idéalement les humaniser.

Combien d’intellectuels de premier plan n’ont-ils pas été calomniés à tort ? Les Rabbins Weiss, Friedmann, Webermann, les intellectuels engagés comme Noam Chomsky, Norman Finkielstein, en savent quelque chose ! (11)

Interrogés sur leur engagement, en tant que juifs, voici ce qu’ils répondent :

« Vous avez été nommé néo-nazi, vos livres ont été brûlés, n’en avez-vous pas assez ? Noam Chomsky : « Je suis accusé de tout ce que vous pouvez rêver : d’être un propagandiste nazi, un antisémite…Je pense que par les temps qui courent c’est un bon signe ».

« Vous êtes juifs…Qu’êtes-vous en train de faire » ?

Rabbin M. Webermann : « C’est précisément parce que nous sommes juifs que nous marchons avec les Palestiniens et que nous hissons leur drapeau ! C’est précisément parce que nous sommes juifs que nous demandons la restitution aux Palestiniens de leurs maisons et de ce qui leur appartient ! ».

Nous sommes tous capables, ensemble, j’en suis sûre, de nous inspirer de leur exemple, pour aller vers plus d’humanité.

Notes.

(1) « Vigilance s.v.p. Des propos dangereux ». Communiqué à l’attention de toutes les associations amies de la Palestine, 14 mars 2004, Bureau National de l’UJFP.
(2) Texte que M. Stambul adressé au Forum du site « Marseille solidaire » le 30.11. 2004, pour protester contre la diffusion de l’entretien de Dieudonné enregistré par Silvia Cattori.
(3) Communiqué du 21 décembre 2004 où M. Wagmann délimite d’avance le cadre de la manifestation prévue le 12 janvier 2005 contre la venue à Paris de Police des frontières.
(4) Le titre du livre cité par R. Wagman n’est pas « Visage caché… », mais Le vrai visage d’Israël. Israël Shamir. Ed. Al Qalam, 2004. Livre qui est en vente libre.
(5) Citation tirée de l'hebdomadaire français La Vie, 11.4.2002
(6) LICRA : Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme est une organisation qui se différencie de moins en moins du CRIF (Conseil représentatif des israélites de France) et d’autres organisations juives racistes.
(7) Communiqué de presse du « Collectif Urgence Palestine/Vaud » concernant la tenue de la conférence « Un seul Etat démocratique en Israël/Palestine », rédigé par Pierrette Iselin et P.A Weber, 15. 6.2004. (Nous avons coupé les noms de personnes citées qui, dans le cas présent, servent à discréditer Dieudonné et Shamir).
(8) « Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation » fonctionne un peu sur le model de l’ADL, que l’on peut considérer comme une antenne au service de l’Etat d’Israël.
(9) Opinion exprimée dans « 24 Heures », le 18 décembre 2004 par M. Gurfinkiel.
(10) Texte diffusé via courriels, par D. Breitrach, en 2004.
(11) L’Editeur de Norman Finkelstein a été poursuivi en justice par William Goldnadel, président de l’association Avocats sans frontières, pour avoir publié : L’Industrie de l’Holocauste. Ed. La Fabrique, Paris, 2001. Un livre qui dénonce l’instrumentalisation de l’Holocauste par un certain nombre de personnes et de groupes juifs qui se servent de la souffrance de leur peuple à des fins matérielles et politiques.


Français ou citoyens de seconde classe ?
Silvia Cattori
25 janvier 2005

Il y avait massées là, au pied de cet immeuble imposant qu’est France Télévisions, en ce samedi 22 janvier, quelques centaines de personnes. Français ou immigrés, venus de tout horizon, habitant la ville de Paris ou ses environs. Il y avait quelque chose de poignant dans la requête de ces personnes qui bravaient le froid, et à qui la France semblait tourner le dos.

Ce n’était pas un rassemblement d’essence religieuse ou « communautaire ». C’était l’union fraternelle de citoyens de toute origine, antillaise ou africaine, ou issus de pays anciennement colonisés, notamment du Maghreb - de nationalité française ou pas - qui ressentaient comme une blessure insupportable le fait de se voir quotidiennement l’objet de discrimination raciale. L’union de gens que les revendications du Mouvement pour la Justice et la Dignité (MJD) avaient mis en route.

Un mouvement qui se veut laïc, citoyen, républicain et entend « lutter contre toute forme de racisme, sans hiérarchie et sans exclusive. Qui entend soutenir partout la lutte des peuples contre l’oppression coloniale et la discrimination raciale. Et par là même rétablir et maintenir la justice sociale, rétablir dans leurs droits les populations marginalisées et les minorités bafouées, encourager, stimuler et développer les luttes contre les discriminations de toute nature. Car, que l’on soit Tzigane, Musulman, Juif, athée, le racisme est un et indivisible, il ne doit pas y avoir d’exception » nous a confié M. Maata Bagdad, le Président de ce mouvement créé en mars 2004. A une période où certaines dérives médiatiques stigmatisant des personnes d’origine Africaine, Arabes, de confession Musulmane, ont soulevé l’opinion.

Que voulez-vous dire précisément aux responsables des médias, notamment aux responsables des télévisions ?

« Nous ne demandons pas de traitement de complaisance ni de faveur : nous voulons simplement une information objective et neutre. Nous avons adressé un message dans ce sens au Président Directeur Général des télévisions publiques, afin qu’il entreprenne ce qui est en son pouvoir pour que les rédactions prennent conscience qu’ils convient d’opérer un changement d’attitude dans la manière de présenter les faits. C’est pourquoi nous voulons faire savoir à ceux des journalistes qui nous assimilent, si facilement, à des éléments porteurs de désordre et d’insécurité, qu’ils ont une grande responsabilité dans la formation de l’opinion en France et dans l’aggravation d’une animosité qui nous met dans une situation d’infériorité. Nous voulons leur dire que nous avons droit à ce respect de la dignité auquel tout être, quel qu’il soit, aspire. Nous voulons leur dire que nous ne comprenons pas pourquoi, chaque fois qu’une personne est mise en cause, on la renvoie à ses origines. Nous voulons leur dire que nous sommes des êtres humains et que nous désirons être traités comme tels. Nous voulons également dire merci aux journalistes qui font bien leur travail. Par contre à ceux qui nous stigmatisent et nous humilient nous tenons à leur rappeler que nous avons droit à la dignité, à un service public égal pour tous. Que quand nous payons notre redevance ils ne regardent pas la couleur de notre peau ».

Sur les visages à l’écoute des orateurs, se lisait une amertume mêlée d’espoir. Il suffirait de si peu en effet, pour que chacun puisse se sentir en harmonie avec son environnement. Il dépend de chacun de comprendre que si ceux qui se sentent humiliés dans la République se rebellent aujourd’hui, c’est pour une bonne cause : pour le respect de la dignité et de la justice.

« Etes-vous Français ? » avons-nous demandé à un groupe de jeunes. L’un d’eux a sorti de sa poche une carte d’identité française, avant de répondre non sans un peu de ressentiment dans la voix : « Oui Français, mais citoyen de seconde classe ».

Nul ne peut nier que les Maghrébins, les Antillais, les Africains sont les premières cibles de la discrimination raciale en France. Une discrimination qui les marginalise durement. Ceci nous amène à nous demander si tout le bruit que certains médias font autour de « l’antisémitisme », ne sert pas à masquer et à minimiser les injustices dont ils sont, en vérité, victimes.

Il faisait froid, il faisait triste mais un élément optimiste, est venu d’où nul ne l’attendait : à l’issue de la manifestation, qui a duré deux heures, les policiers, envoyés en force, ont manifesté leur sympathie pour les thèmes abordés.

La preuve qu’il y a toujours, en France, des oreilles prêtes à entendre et que, par delà les différences culturelles, il est possible de se mobiliser pour bâtir ensemble un avenir commun, une société plus juste.
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